Welcome to the Jungle !! Part 1- Avec les autochtones

Il y a une chose que j’étais vraiment impatient de faire lors de ces 6 mois au Pérou. Découvrir le poumon de notre monde, la plus grande réserve de bio-diversité, là où le célèbre Indiana Jones a fuit les soviétiques, là où les Amazonas, tribu de femmes qui pour éviter une gêne lorsqu’elles tiraient à l’arc, se coupaient les seins. Là où cette tribu utilisait les hommes comme objet sexuel une fois capturé, le lieu mystique où l’exploitation du caoutchouc a terrorisé les populations indigènes, raconté magnifiquement par le péruvien Mario Vargas Llosa,  gagnant du prix nobel de littérature 2011, dans son livre el sueño del Celta (que je recommande d’ailleurs, un de mes favoris).

Je pourrai continuer et agrandir la liste mais vous avez sans doute compris à quel point cette partie du monde m’intriguait. C’est pourquoi je réservais le meilleur pour la fin de mon voyage au Pérou et je n’allais pas être déçu.

Il est midi à Lima lorsque j’arrivais à la station de bus. J’avais pris un billet bon marché pour les 26 heures de route à destination de Tarapoto. Malgré ma bonne humeur avant ce trajet, je commence à prendre sur moi dés la 9ème heure de voyage. J’avais choisi l’option pas cher qui ne ressemblait en rien au fameux bus cama que l’on peut retrouver un peu partout en Amérique latine. En fait je me suis retrouvé à l’arrière d’un bus miteux juste à coté de toilette dont la porte était cassée et donc à partir de la 9ème heure l’odeur d’urine et de merde commencait à mettre mes narines à rude épreuve. Mais rien ne pouvait gâcher ce voyage que je m’apprêtais à faire et c’est avec l’aide de conversations avec ma charmante voisine et la crevaison qui m’a permit de sortir quelques temps à l’air pur que je pus arriver à Tarapoto 30 heures plus tard avec une pêche d’enfer.
Karen était une jeune fille de 25 ans qui s’était installée à Lima il y quelques années et y avait trouvé un travail chez LAN Airline.  Elle avait pris des vacances pour aller rejoindre sa famille qui vivait dans un petit village le long du rio Pestaza, affluent du rio Marañon, lui même affluent de l’Amazone. Et avec ses longs cheveux bruns, sa peau bronzée et ses yeux noisette elle ne démentait pas le mythe comme quoi les filles de la selva jungle étaient les plus belles du Pérou.
Elle m’avait invité à l’accompagner dans son village après ces 30 heures de bus et c’est avec joie que j’ai dit « oui ». C’était pour moi l’occasion rêvée de me fondre parmi les autochtones pour comprendre leur culture, leur mode de vie et découvrir la jungle dans ses profondeurs. C’est fou à quel point la gentillesse des latinos est véridique et cela m’amenait à me poser des questions sur moi et ma culture. Aurais-je invité une fille inconnue à passer 1 semaine dans ma maison en France ? Ou plutôt une française aurait-elle invité un homme inconnu à passer une semaine chez elle ? J’en doute fortement mais au cours de mon voyage au Pérou j’ai fini par croire que plus un pays est développé et plus il est égoïste. Est ce ça le développement ?

En sortant du bus, je suis amené à faire quelque courses pour la suite du voyage et Karen connait tous les coins dans lesquels je peux trouver mon bonheur. Il faut que je trouve un hamac et une moustiquaire si je veux pouvoir prendre le bateau le long de l’Amazone. Je trouve le tout pour une dizaine d’euros et ma moustiquaire a même été faite sur mesure pour qu’elle enveloppe complétement mon hamac, histoire qu’il n’y ait aucun coin où puisse se faufiler une araignée ou un scorpion.
On passe le reste de la journée à visiter la ville où je découvre le meilleur jus de fruit du monde: el jugo le jus de Guanabana. Un pur délice pour mes papilles. C’est aussi dans cette ville que je vais pouvoir louer un tuk tuk motocarro et le conduire pour la première fois de ma vie jusqu’au cerro qui nous donne une vue magnifique sur la ville. Si vous avez peur de conduire à Paris, n’essayez surtout pas à Tarapoto où l’état des routes laisse à désirer et où le code de la route est inexistant.

Notre bateau

Notre bateau

Le lendemain départ en colectivo jusqu’à Yurimaguas où on va prendre le bateau jusqu’à un petit village avant Lagunas. On va passer 2 nuits sur le bateau où il n’y pas beaucoup de gringos à l’exception de deux argentins avec qui on va passer le temps à jouer aux cartes ainsi que Giano, guide péruvien pour qui la jungle ne recèle aucun secret et qui s’en va chercher du travail à Iquitos. Ces 36 heures de bateaux me permettent de comprendre comment les villages le long du fleuve survivent. Le commerce de banane y est le plus important et le bateau s’arrête à chaque village pour d’une part prendre ou laisser des passagers et d’autre part remplir le stock de bananes qui va être exporté vers d’autres pays par la suite. Un fait intéressant est que chacun de ces péruviens a un ami ou une connaissance s’étant fait piquer par une araignée ou un scorpion alors qu’ils se cachaient dans ces feuillages de bananier lors de la charge, décharge ou même découpe. Un véritable commerce s’est créé autour de ces voies navigables et à chaque village, on peut apercevoir des jeunes filles sur leur barque à moteur proposant des glaces et autres rafraichissements à la population du bateau. C’est alors un incroyable échange qui se crée. Alors que la barque se rapproche jusqu’à toucher la coque du bateau en adaptant sa vitesse, la jeune fille dévoile les différents jus de fruit. Le plus impressionnant est de voir que tous les péruviens se rapprochent en masse et épuisent le stock de la jeune fille au prix de 0.50 sol soit 15 centimes d’euro la bouteille de jus de fruit.

Le village de Karen

Le village de Karen

Une fois arrivé dans le village de Karen, je fais connaissance avec ses cousins, parents, amis. Mais si je veux rester je dois aller voir le maire/chef du village pour lui demander personnellement son accord, ce que je fis de ce pas.

Je me dis que même ici il y a des procédures d’obtention de visa, bien qu’ici je n’aurai pas le droit à un tampon sur mon passeport mais à une fête en mon honneur. Nan en fait c’est pour le retour de Karen 🙂

Je n’ai pas le droit le droit de loger chez elle mais dans une espèce de cabane en bois sans paroi où je peux poser mon hamac parmi tant d’autres. Un peux dans le style mimisicu dans un indien dans la ville quand il ramène une casserole à sa bien aimée. Vous visualisez les hamacs ? et ben c’est exactement la même disposition sauf que je serai le seul dans cette cabane qui sert de salle des fêtes pour le village et je me rendrai bientôt compte qu’un Gringo qui dort est un sujet de divertissement pour tous les jeunes péruviens. Mais avant ça j’ai pu taper un peu dans le ballon avec quelques gamins après avoir bu de l’aguardiente toute la fin d’après midi avec Fabio, un cousin de Karen. Fabio a une moustache qui lui donne un style d’italien romantique qui fait ravage chez les filles paraît-il, moi ça me fait plus rire qu’autre chose et ça a l’air de l’amuser aussi. Après avoir discuté quelque peu, Fabio m’a proposé d’aller découvrir la jungle avec lui et son petit frère le lendemain. Ils doivent tous les deux remonter le rio Pestaza pour abattre des arbres afin de construire une cabane.
Je suis déjà impatient à l’idée de partir au fond de cette jungle mystique regorgeant d’animaux tueurs et cette pensée ne me quittera pas tout au long de la fête du village le même soir. J’ai même pu entendre des villageois s’adonnaient à une session d’ayahuasca avec le chaman à laquelle je n’ai pas pu assister par contre, n’ayant pas eu le droit. Ce sera pour une autre fois, dommage car cette mixture de 5 lianes différentes vous permet de faire un vœu et le  voir se réaliser dans le monde spirituel dans lequel vous entrez les 4 prochaines heures, alors que vous purifiez votre corps et esprit.

Dans mon hamac

Dans mon hamac

Le lendemain, Fabio vient me réveiller et surprise.. Sa moustache a disparu 🙂 On prend le petit déjeuner avant de remonter l’affluent de l’Amazone avec son petit frère. Au point de confluence, on peut voir une distinction entre l’eau du rio Marañon plutôt marron et l’eau du rio Pestaza extrêmement noir et on voit que les deux eaux ne se mélangent pas mais délimitent une frontière. Fabio m’avait dit qu’à ce point de confluence on pouvait voir des dauphins d’eau douce et je n’y ai pas manqué. De magnifiques ailerons sortant de l’eau par pair tous les 5 mètres. Fabio me dit qu’il y a deux sortes de dauphins, les dauphins roses et les gris. Les dauphins roses étant les plus populaires dans les contes de la jungle. On dit qu’une fois près du village, il y avait une jeune villageoise qui partait sur la plage pour être seule et méditer, lorsqu’un homme apparu de nulle part à côté du fleuve. La jeune péruvienne tomba éperdument amoureuse de ce jeune homme au teint rosâtre et après quelque rencontre elle décida de s’enfuir avec lui. Le jeune homme l’emmena vers la rivière où il plongea avant de se métamorphoser doucement en dauphin rose et dévora la jeune fille.

Ce sont des captures images d'un film de mauvais qualité que j'ai fais avec mon bridge

Ce sont des captures images d’un film de mauvais qualité que j’ai fais avec mon bridge

Les 8 prochaines heures se passèrent sur la barque avec Fabio me contant les histoires de la jungle. On s’est arrêté une seule fois pour manger et Fabio a réussi à attraper un paresseux. C’était pas si dur en même temps car ils ne bougent pas de la journée. Ils passent leur temps à mâchouiller des feuilles qui regorgent de THC et sont « stone » 24h/24. Ils sont tellement lent qu’une partie de jambe en l’air dur plus d’un jour entier. Adepte au cannabis et au sexe, le paresseux et l’animal dans lequel vous voulez vous réincarnez si vous êtes bouddhiste 😉

Après avoir mangé on retourne dans la barque à moteur et on continue de remonter le fleuve. On a vu 1 caïman se reposer sous des branches, des poissons énormes qui ne ressemblaient à rien de ce que j’avais pu voir avec une sorte de carapace frôlant la surface de l’eau.

Une fois arrivé, le soleil est quasiment en train de se coucher et nous sommes accueilli par un homme qui habite les environs. On y voit deux cabanes, quelques bananiers et la jungle. Il n’y a rien d’autre. Fabio m’explique que ces 2 cabanes sont rattachées au village mais que ses habitants préfèrent vivre en paix dans la nature. Je me dis que la nature fait bien des choses quand je vois cette homme arriver complètement saoul.
Je vais poser mon hamac sous une sorte de toit en bois où je peux voir des millions d’araignées. Je mets donc ma moustiquaire avec soin et mon nouvel ami vient me rejoindre et me propose un petit tour dans la jungle au clair de lune pour y voir les serpents et araignées. En fait c’est à ce moment qu’ils sortent de leur cachette.

C’est d’un air pas très rassuré et après un bon dîner que nous avançons dans la jungle. Mon mètre 90 fait de moi une proie facile à toutes les toiles d’araignées sur le chemin et que je sois derrière ou devant je me les prends toutes quand même car aucun des péruviens ne dépassent le mètre 70. Qui dit toile d’araignée fraîchement tissée, dit araignée tout près et je tape sans cesse sur tous les endroits de mon corps en essayant vainement d’en tuer quelques unes. Je dis bien vainement car j’ai malgré tout retrouvé une petite dizaine de boutons géant le lendemain. Moi qui suis légèrement arachnophobe, me voila servi.

C’est donc à travers des coups de machette que nous avançons parmi ces lianes et autres végétaux qui ne cessent de se trouver devant nous. Tout à coup Fabio s’arrête et nous appelle. Que veut-il me montrer ? Je m’approche de lui quand il se met à pointer de son doigt un énorme tronc où était logé une énorme araignée qui faisait 2 fois la taille de ma main. C’est une tarentula escorpion tarentule scorpion, extrêmement venimeuse et dont la vue me dégoute au plus haut point. Je laisse 3 bon mètres de distance et après une photo rapide, le frère de Fabio nous appelle. Il tient la tête d’un serpent entre ses deux doigts et le reste du corps lui arrive jusqu’au poignet. D’un rouge rayé assez pétant, Fabio m’explique que c’est un serpent corail, mortel, mais non agressif. En fait d’après Fabio, à part si on marche sur le serpent, si on le réveille d’un coup sec en posant le pied à coté de lui ou s’il se confond parmi les lianes, il n’y a vraiment pas beaucoup de risques de se faire mordre par une quelconque espèce. Le plus embêtant d’après lui sont les guêpes et fourmis.

À notre retour au campement/cabane, l’ami de Fabio, me conte la fois où il avait été mordu par un de ces serpents alors qu’il se trouvait dans la jungle. Après 45 minutes de course dans le but de revenir au village et trouver le chaman, du sang s’écoulait de ses oreilles et de ses narines, le chaman lui a soi disant fait boire un mélange d’essence et d’herbes et après 3 semaines de convulsions il est miraculeusement revenu à la vie. J’ai du mal à le croire, l’essence provoquant beaucoup plus de dégâts, et Fabio confirme mes doutes en soulignant qu’il est saoul.

Le lendemain, je suis amené à découvrir la faune et la flore de la jungle avec Fabio qui a passé toute la matinée et le début d’après midi à me guider dans ce labyrinthe végétal. Je découvre les fourmis géantes, la vache de la jungle, qui ressemble plus à un hamster géant en fait, les guêpes, les termites, les différents oiseaux, les singes qu’on arrive à apercevoir quelque fois et on trouve même les traces d’un jaguar. Je découvre aussi le caoutchouc, essence d’une espèce d’arbre prisée par les colons britanniques et magnifiquement raconté dans le livre el Sueño del Celta, une sorte de feuille/fleur qui permet d’apaiser les piqures de moustiques, la canne à sucre que je peux cueillir et déguster en repensant aux dunes (cf article Sandboard à Acari), l’eau que je peux boire directement des lianes en créant un appel d’air une fois coupée avec ma machette. En fait on ne boit pas de l’eau de rivière dans la jungle, mais directement de l’eau de pluie dont regorgent les lianes. Je vois aussi des marécages, où une forte odeur nauséabonde se dégage, odeur qui était la cause du paludisme d’après d’anciennes croyances.
Je n’ai moi-même pas pris de traitement contre le paludisme, me baladant toujours avec des manches longues et après une mauvaise expérience en Afrique où je n’arrêtais pas de faire des cauchemars, effets secondaires du traitement dans lequel je n’avais plus confiance 🙂 Nous avancions prudemment autour des marécages lorsque soudain apparu un énorme serpent près de branchages flottant à la surface de l’eau. Un anaconda qui faisait peut être 4 mètres de long était étendu à moitié dans l’eau et ne bougeait pas d’une écaille. Nous nous rapprochons prudemment mais une distance non négligeable nous sépare toujours de ce spécimen et décidons de rebrousser chemin car il se fait tard.

Quelques heures plus tard, nous voici de retour au campement, plein de sueur. Ça me gratte de partout et une douche bien froide me ferait le plus grand bien. Quand je parle de mon souhait à Fabio, il me dit « pues bañate en el rio » . Me baigner dans le fleuve ? Avec les caïmans et autres espèces tueuses ?
Il me répond que les caïmans dorment à cette heure et qu’il va se baigner lui aussi. C’est alors que je plonge dans l’eau avant de m’apercevoir que des milliers de petits poissons me pincent la peau. Ils adorent mes tétons en particulier et dès que je nage, ces pincements disparaissent. Fabio m’explique que ces poissons ne représentent aucun danger et que la seule chose que je dois éviter de faire et d’uriner dans l’eau. Ce à quoi je réponds « pourquoi? ». En fait quand vous urinez dans une des rivières de la jungle amazonienne, il se trouve qu’un minuscule poisson en forme de pointe de flèche repère la chaleur et s’enfonce directement dans votre urètre. La forme de pointe de flèche permet à cette bestiole de ne pas pouvoir être déloger par la victime, qui s’il essaye, va enfoncer la bestiole encore plus.

Je vous avoue que je ne suis pas très rassuré dans cette eau, non pas à cause de la bestiole dont je viens de vous parler, mais je n’ai vraiment pas confiance en se que regorgent ces eaux. Malgré tout la nature reste la nature et on n’est jamais à l’abri d’un prédateur.

Un petit bain avec les caïmans anacondas et piranhas ?

Un petit bain avec les caïmans anacondas et piranhas ?

Je ne m’attarde pas plus longtemps et après être sorti de ce bain des plus effrayant, je part pécher le piranha avec Fabio.
C’est au bout d’un bout de bois qu’il attache un fil pêche et son hameçon. En guise d’appât, un bout de poisson et lorsque je lance le fil de pêche dans l’eau je découvre que mon bout de poisson doit rapidement être remplacé par un autre. Une fois que le fil de pêche est lancé, je dois attendre un accoup ou une onde qui se propage autour du fil. À ce moment, je dois remonter le fil de pêche et normalement il y a un piranha au bout. Enfin c’est ce qu’il se passe chez Fabio, moi je n’attrape pas grand chose.

Alors que j’essayais désespérément d’attraper un de ces piranhas, notre barque dérivait légèrement jusqu’à atterrir le long de branchages, quand tout à coup on entend un « plouf » à quelques mètre de là. c’était un caïman qui bronzait tranquillement sur le bord et qui disparaissait petit à petit dans la rivière. Quand je pense que je me suis baigné à une quinzaine de mètres seulement, et ayant vu un grand nombre de fois des reportages sur les touristes australiens qui se faisaient attaquer une fois de temps en temps, je me dis que j’aurais pu presque subir le même sort que l’un d’eux.
Fabio redirige la barque dans un contre courant et nous continuons la pêche. Cette fois je lance mon fil et il s’accroche à des racines au fond de l’eau. Évidemment l’eau n’est pas assez clair pour distinguer quoi que ce soit et perdant patience je force comme une brute quand tout à coup le fil se cassa et je faillis tomber à la renverse, pas loin de l’endroit où le caïman a plongé précédemment. Heureusement Fabio me rattrape et je m’assois quelques secondes dans la barque en repensant à ce qu’il a failli m’arriver.  Décidément je ne suis pas à l’aise avec la rivière et je regarde plutôt Fabio pêcher. Il a déjà attraper une dizaine de piranhas, tous ayant une sorte de collier argenté  autour du cou avant de laisser le rouge s’imposer.

Les enfants de Cila

Les enfants de Cila

Tout à coup Fabio croit avoir une prise mais n’arrive pas à remonter le fil. Je me moque gentiment de lui en lui faisant comprendre qu’il n’y avait pas que le gringo qui attrapait les racines. Il essaye de décoincer le fil quand soudain la ligne bougea. Ce ne sont pas les racines mais bien un poisson de plus de 10 Kilos. Fabio arrête de tenir le bout de bois qui fait office de canne à pêche pour éviter que celui ci ne se brise et agrippe la ligne directement. Finalement il arrive à remonter le poisson qui était en fait une raie énorme, la première que j’ai eu l’occasion de voir. Après l’avoir aidé à la remonter, il lui coupe le bout de la queue qui est mortel selon lui. À la vue de sa magnifique prise reposant au fond de la barque, je me dis qu’un piranha doit être possible à attraper quand même et 10 minutes plus tard mes efforts seront récompensés par un magnifique piranha au bout de ma ligne.

On aura donc de la raie et des piranha au diner, et Cila, la femme de notre ami saoul préparera le diner après que Fabio ait dépecé la bête. Moi je m’émerveille devant des milliers de papillons en attendant le diner et c’est avec les contes de Fabio que nous mangeons près du feu les derniers morceau de raie.

Je me réveille le lendemain matin après avoir probablement passé une des meilleurs nuit de ma vie. Le doux bruit de la jungle qui me bercait et les mouvement de va et vient du hamac sous l’effet des légères brises m’ont fait découvrir un sommeil où les rêves sont multicolores et presque réel. Le réveil dans le hamac avec une vue sur la jungle n’est pas des plus désagréable non plus.

Cette journée sera consacré à la coupe d’arbre à la machette pour pouvoir installer la nouvelle cabane. Une fois ceci fait Fabio part avec son petit frère en barque voir des voisins pour ramener les planches et autres matériaux nécessaires à la construction de la cabane. Moi je dois retourner au village de Karen pour prendre un bateau direction Iquitos où m’attend une amie de Lima. Avant son départ, Fabio m’assure que le mari de Cila va faire le chemin pour me ramener et 17 heures passées, toujours rien. Je vais donc le voir pour lui demander, mais il était à nouveau complètement saoul et finalement après avoir bataillé avec sa femme, ce sont ses 2 filles de, respectivement, 10 et 13 ans qui vont me ramener au village.

La raie que Fabio a pêché

La raie que Fabio a pêché

C’est dans une minuscule barque de 2 mètre que nous embarquons et pour être franc je ne me sens pas en sécurité du tout. Avec les deux filles et moi-même, la barque prend presque l’eau et c’est ainsi qu’on descend la rivière. La nuit commence à tomber et je me cale profondément dans la barque essayant de prendre le moins de place possible. Il ne faut pas très longtemps pour qu’il fasse nuit noir et la seule lumière provient d’une simple torche que les filles allument de temps en temps pour voir le chemin et des magnifiques étoiles que l’on peut apercevoir dans le ciel. Je me recroqueville sur moi-même terriblement effrayé avec des milliers de scénarios possible me traversant l’esprit. Et si je tombais ? Est ce que les filles me laisseraient périr dans le fleuve, pour être certainement dévoré par un caïman ou un de ces poissons bizarres ? Et si un caïman remontait à la surface comme dans les films « d’actions » et croquait la barque en deux ? Peut-être que les filles feront une proie plus facile dans ce cas et je pourrais rejoindre le bord. Mais comment pourrais-je retrouver mon chemin dans la jungle? Pourrais-je survivre la nuit sans me faire piquer ou attaquer par un quelconque animal ? Une fois Fabio m’avait dit, si tu es forcé de passer une nuit dans la jungle, il faut que tu grimpes à un arbre pour éviter les attaques terrestres. Mais comment survivre dans un arbre où il y a des tarentules et des scorpions dont la piqure est mortelle? Mon esprit travaillait et imaginait tous les scénarios possible me rendant encore plus anxieux quand tout à coup les filles commencèrent à faire tanguer le bateau. Aaaaaah par pitié arrêtez !! Je suis à bout de nerfs et les filles se chamaillent derrière. Je les supplie d’arrêter et je me dis que les responsabilités données aux enfants diffèrent vraiment d’une culture à l’autre. Qui des enfants français s’aventurerait sur l’Amazone pendant 8 heures en pleine nuit? Le degrés de confiance accordé par les parents n’est vraiment pas le même quand on pense que dans nos pays occidentaux laisser son enfant tout seul à la maison est déjà un grand pas. Ici les responsabilités commence dés le plus jeune âge, non pas par choix, mais car il faut savoir se débrouiller dés le plus jeune âge pour aider toute la famille et survivre dans cet environnement hostile à l’humain. Je suis mort de frousse et elles sont tranquilles comme si c’était un trip à Montpellier.

Je ne peux pas profiter de la magnifique vue sur le ciel étoilé, du calme qui règne ou de la température qui est enfin redescendu. Non j’ai terriblement peur quand tout à coup une des filles crie « caïman! caïman » avec une excitation qui peut se sentir dans le ton de sa voix. Je tourne ma tête et là je vois 2 yeux rouges qui nous scrutent à quelques mètre de la barque. Je retiens mon souffle et plonge mes yeux dans ce regard effrayant. Le scénario du caïman qui croque la barque refait surface dans mon esprit, mon cœur s’accélère, je sens l’adrénaline qui monte en moi, j’ai l’impression que je vais exploser.
Les filles ne paraissent pas avoir peur mais s’amuse comme si un jeune enfant français de 10 ans voyait un lapin pour la première fois de sa vie. Moi je suis terrorisé comme si c’était la mort en personne qui venait me dire bonjour.

Mon cœur n’a pas le temps de revenir à un rythme normal quand tout à coup le moteur s’arrête. Le seul bruit qui me réconfortait et qui dans mon esprit éloignait les prédateurs avait disparu. Plus un bruit mais un silence total, ici en pleine Amazonie. Le caïman n’est pas loin. Va t-il revenir? Que se passera t-il si je meurs ici? Personne ne sera au courant? Personne ne me retrouvera. Je ne serai qu’un bout de viande qui se décomposera à l’abri de tous regards. Dévoré pas les prédateurs, ma carcasse nettoyée par les fourmis. Bien sur des gens finiront par remarquer mon absence mais comment sauraient-ils où et comment je suis mort? Peut-être penseront-ils que je me serais fait kidnapper par la guérilla alors que c’est dans un affluent de l’amazone que mon squelette reposera. Ce silence me terrorise, seuls quelques bruits venant du fond de la jungle arrive à mon oreille, j’ai envie de crier, de me réveiller plein de sueur réalisant que tout ceci n’était qu’un cauchemar.

Je me retourne.
« – Que paso? Ya no funciona? »
« – Ya no tenemos bastante gasolina para ir alla y volver, entonces tenemos que volver ahorita ».
Nous sommes à la moitié du trajet et il n’y a plus assez d’essence pour aller au village et revenir. Elles veulent donc faire demi tour. Je leur dis que je leur donnerai assez d’argent pour l’essence, qu’elles ne doivent pas s’inquiéter, qu’il suffit que je sois ramené au village sain et sauf.
Marché conclu, elles mettent le reste de l’essence dans le moteur et nous repartons. Le doux du bruit du moteur se fait à nouveau entendre. Je n’aurai jamais pensé qu’un bruit de moteur puisse m’avoir manqué à ce point. Un étrange mélange de joie m’envahit et se rajoute à la peur déjà présente depuis quelques heures. Je me calque à nouveau dans la barque, quelque peu soulagé et pose mon regard sur le ciel étoilé. Il reste quelques heures Antho, ne t’inquiètes pas. Tout ira bien. J’essaye de me rassurer et je penser à des choses joyeuses et colorées. J’ai envie de pisser, ma position est inconfortable, mon ventre commence à me lancer mais je ne bouge pas, pensant qu’un simple mouvement pourrait me faire tomber dans l’eau.
Finalement nous arrivons au village, je pose mon pied sur la terre ferme et m’allonge en poussant un soupir de soulagement. Je ne vais pas mourir en fin de compte, je regarde les étoiles d’un air béat, plus rien ne peux me gâcher cette fin de soirée horrible même pas les deux filles qui se foutent de moi. Allelujah ! Je suis sauvé. Je leur donne assez d’argent pour l’essence et à ce moment là Karen me rejoint. Quel joie de la retrouver après ce voyage des plus désagréable, comme si on se connaissait depuis des années, comme si on était des amis d’enfance.

Elle m’emmène à la salle des fêtes où je poserai mon hamac pour la nuit quand tout à coup un jeune péruvien s’approche pour me dire qu’un bateau va arriver d’ici 5 minutes. Je me dépêche donc et Karen m’accompagne sur le bateau. Les au revoirs sont triste mais on se reverra à Lima. je la serre longuement dans mes bras avant qu’elle ne soit obligée de descendre du bateau. Je fais un signe de la main et nous partons le long de l’Amazone par une nuit beaucoup plus claire, je ne vais pas mourir. Et rien que cette pensée suffit pour me faire voir les choses différemment.
Prochaine étape, Iquitos!

Juanito.

Coucher de soleil sur l'Amazone

Coucher de soleil sur l’Amazone

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un commentaire

  1. Que d’émotions!! Heureusement que tu es revenu vivant. Je suis impatiente de pouvoir suivre tes aventures au Koweït.

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